Cette année encore, je reviens rêver au café Le Temps.
A chaque voyage je constate l'érosion de la ville que j'aime, et la disparition de lieux, de choses et malheureusement de gens, mais ce qui ne change pas à Shinjuku, c’est le café Le Temps, puisque le temps s’y est arrêté, quelque part à la fin des années soixante, dans un rêve d’Aquirax Uno, l’illustrateur féérique qui, dans ses dessins, fait se croiser Cécile de Bonjour Tristesse, Tadzio de Mort à Venise, et Alice de Lewis Carroll et sa chatte blanche, Ondine de Giraudoux et les petites magiciennes chevauchant des escargots, car dans les rêves le temps n’existe pas, et le passé et le futur ne sont jamais que les échos d’autres rêves, ceux qui s’évaporent au réveil mais qui pourtant existent bel et bien dans ce pays où l’on ne peut entrer que de 18h à 29h, et dont le café Le Temps est l’une des portes, et ne laissez personne vous dire le contraire.
Et la divinité qui règne sur le temps est cette prêtresse au sablier qui pointe son index vers le ciel.
Non rien ne change au café le Temps, si ce n’est les serveurs, mais qui se ressemblent au fil du temps, choisis pour leur élégance et leur beauté androgyne, et Kaori qui est toujours là depuis le premier jour où je suis entré au Temps, il y a dix ans, il y a quinze ans, il y a vingt ans, je ne sais plus.
Parfois une nouvelle décoration apparait comme cette fille qui rêve au milieu des étoiles, peinte par un étudiant de vingt-cinq ans, et peut-être est-ce elle qui rêve du Temps, et qui permet au café d’exister.

















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