« Katun Thai Komics, une hanthologie », est un génial ouvrage édité par Serious Publishing, consacré aux comics d’horreur thaïlandais des années 70 et 80. Comme le précise l’auteur, Stéphane Damant : « Taillé dans des chutes de papier d’imprimerie, d’un format de 9x13 cm, comprenant 16 pages - le nombre variera au fil des années - le katun lem la baht (le comics à un baht 1 ) est d’emblée une opération alchimique qui transforme les résidus en pépites visuelles. Le genre, entre violence stylisée, érotisme et acceptation des principes du karma, a connu son âge d’or au cours de la décennie 1977-1987. »
J’avais approché l’horreur thaï dans l’expo Enfer et fantômes d’Asie au Musée du Quai Branly en 2018. Le commissaire Julien Rousseau était bien plus spécialiste que moi en la matière mais j’avais réuni quelque extraits de films dans une petite salle de projection « strictement interdite aux moins de 18 ans ». En effet rien de commun entre les aristocrates fantômes japonais, la hiératique Sadako, et les spectres et esprits thaïlandais.
Dans The Snow White (25010) de Sarawut Intaraprom, on pouvait voir un spectre chevaucher un homme sur son lit d’hôpital, lui ouvrir le ventre avec ses ongles et y insérer un bébé démoniaque. Les Thaïlandais ne s’embarrassent guère de nos tabous occidentaux concernant par exemple les foetus et enfants. Nous avions aussi réuni les mannequin « grandeur nature » de plusieurs « Phi » conçus par le studio d’effet spéciaux QFX Workshop.
Si l'on pourrait presque présenter à ses parents la princesse Nag Nak, que dire des Phi Prêt ces géants aux longs bras, avec leurs petite bouche leur interdisant de se nourrir ; de Mae Nak et son bébé décomposé ; de Phi Pop et ses doigts griffus prêts à éventrer ; et surtout de la star Krasü, tête coupée volant dans les airs, les intestins accrochés au cou, et se nourrissant, encore une fois, de bébés.
Ces créatures on les retrouve dans les Katun Thai Komics car, en Thaïlande comme au Japon, les horreurs traditionnelles et modernes font bon ménage. La violence, le grotesque et le gore dépassent tout ce que l’on connait en Occident, ramenant les « fumetti neri » italiens le plus déchaînés au rang d'aimable plaisanterie.
Peut-être peut-on les comparer aux BD mexicaines ultraviolentes mais celles-ci, reflet du banditisme et de la terreur sociale, n’ont pas de dimension surnaturelle donc poétique. Les Thaïlandais sont peut-être terrorisés par Krasue mais surtout ils l’aiment à la folie et la représenter dans ces bandes-dessinées est peut-être une autre façon de l’honorer, et surtout de ne pas l’oublier. Car ce folklore possède une dimension sociale. Comme le souligne Stéphane Damant « Ils incarnent également l’univers mental des migrants des zones rurales débarquant à Bangkok, une population occupant les emplois les plus précaires, souvent maltraitée. »
L’autre aspect réjouissant de ces œuvres est leur syncrétisme. Dans cette peinture de Thep Chukul intitulée All Thai Ghosts Out [ katun lem la baht ], certains démons ancestraux de la jungle ont pris la physionomie d’Eddie le mort-vivant d’Iron Maiden.
En remerciant Stéphane Damant et Serious Publishing de nous faire découvrir ce pan passionnant de l’art populaire thaïlandais, on ne peut que les inciter à faire paraître une anthologie, pour que grandisse dans nos contrées le culte de la délicieuse Krasü.
Ce livre est publié à l'occasion de l'exposition Katun Thai Komics programmée par la galerie Arts Factory du 2 juin au 24 juillet 2026.
Galerie Arts Factory
27 rue de charonne 75011 paris
« Katun Thai Komics, une hanthologie », peut-être commandé ici

.webp)
.png)
.jpg)



