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samedi 28 février 2026

Cahier noir du premier mai 1971



L’humour noir est un terme inventé par Le comte de Lautréamont, et repris par André Breton pour sa célèbre « Anthologie de l’humour noir ». Pour les Japonais, grands amateurs de surréalisme, l’humour noir s’accorde parfaitement à leur propre courant subversif, l’« eroguro ». Cette revue, dénichée chez un bouquiniste de Tokyo, s’appelle "Cahier noir", avec comme sous-titre « Humour noir n°2 », et sa couverture, avec ces deux filles éventrant une autre adolescente avec le pédalier d’une bicyclette, rappelle Histoire de l’œil de George Bataille. Le style du dessin est également proche de Balthus.
Feuilletons ce magazine d'il y a 55 ans.
Il est au format de poche, mais des doubles pages permettent d'admirer de belles illustrations. Ici celle de Lide Mai, illustrateur dont je n'ai pas retouvé la trace.


"Les films du nouvel an éternel de Michio Okabe"
Il s'agit d'un cinéaste undergound, dans la lignée de Terayama et Juro Kara, recrutant les troupes d'avant-garde, de Zero Jingen aux danseurs butô, pour des films "hippies" (futen) et psychédéliques. A redécouvrir, donc.



Mishima s’est suicidé l’année précédente. Le magazine y revient avec cet article intitulé « Je voulais mourir en beauté à l’âge de vingt ans ». Est évoquée l’admiration de Mishima pour le romancier français Raymond Radiguet, protégé de Jean Cocteau et auteur du Bal du comte d’Orgel et « Le Diable au corps ». Radiguet est bien mort à l’âge de vingt ans. 




Sur cet étrange collage, on peut lire : "Réincarnation"



Une traduction de la nouvelle « Le rappel » (1950) de Boris Vian (encore un écrivain mort prématurément)… et un collage d’après une photo de Terence Stamp dans le Toby Dammit de Fellini.



"Un couple étrange"


Les revues «  surréalistes » japonaises sont aussi des revues érotiques. On peut les comparer à la revue française Plexus, émanation de l’ésotérique Planète qui, outre des récits et images érotiques, contenait des œuvres de Leonor Fini, des bandes dessinées, et des essais philosophiques. Ces photos nous rappellent que les poils pubiens étaient impitoyablement censurés au Japon. Le photographe fait donc des cuisses de son modèle des collines noires, et de sexe un gouffre où plonger et se perdre... pour l’éternité. 



"Chroniques de l'humoriste noir. Yoshiharu Tsuge. Le parfum du sang de la vierge éternelle."
Un article sur le génial Tsuge et son chef-d'oeuvre, l'hallucinant "La Vis", peut-être le plus grand manga underground japonais. Pour les japonisants, je mets l'article en entier.





"Les secrets de Venise" de Hikoaki Takahashi.
J'adore ces séduisantes filles masquées. 




"Le travestisme est un penchant anormal" 
Le titre est bien entendu ironique puisque les "gayboys" font partie de la vie du Tokyo underground depuis la fin des années soixante.



"Livre d'art noir" 
"Veuillez soumettre votre candidature pour le carnet noir"
Il s'agit apparemment d'un concours, et le gagnant dont les jolis dessins sont reproduits ici est un certain "Genichiro Nakamura, ville d'Itoigawa, préfecture de Niigata".



"Collection de publicités de la période Taisho"
Cette époque s'étend du 30 juillet 1912 au 25 décembre 1926 et est considérée comme un moment de libération artistique mais aussi sexuelle où les intellectuels japonais se passionnnent pour les avant-gardes occidentales. Le mouvement "eroguro" émerge à cette époque avec les premières nouvelles de Tanizaki et les romans d'Edogawa Ranpo.




"Poupée d'amour"
Pour terminer la revue, de  l'érotisme, en couleur cette fois, avec cette jeune fille s'amusant avec un mannequin ! 




 

lundi 9 février 2026

Akiyoshi Ran, le pays des plaisirs oniriques



Akiyoshi Ran est né en 1922 à Séoul pendant l’occupation japonaise, et mort en 1982. Jeune  artiste prometteur, il se retire en Chine après la défaite du Japon et gagne sa vie comme illustrateur, fournissant peintures à l’huile, gouaches et dessins pour des magazines érotiques spécialisés dans le SM, tels que Kitan Club et Utamaro, des années cinquante aux années soixante-dix. 



Sa vie est très peu connue mais, de son vivant, jamais son travail ne fut exposé ni rassemblé en recueil.  Si le terme d’érotisme SM évoque pour nous, occidentaux, un monde de combinaisons latex, de cuir et de fouet, ou pour le versant japonais de femmes en kimono ligotées, l’iconographie d’Akiyoshi Ran en est fort éloignée.



Chez lui on trouve des châteaux délirants taillés dans le granit, des visages formées dans la roche de paysages hallucinés, des forets de plantes vénéneuses. On trouve surtout des femmes oiseaux, des femmes plantes, des femmes contrebasses. Si la femme est chez lui, sans doute, une « domina », c’est plus par la pratiques des sciences occultes que par le sadisme. Cet autodidacte va puiser son inspiration dans les peintures occidentales : scènes infernales de Jerome Bosch, paysages lunaires et désertiques de Max Ernst, chevaux décomposés de Dali, mais surtout magiciennes de Leonor Fini qui me semble la première source de son imaginaire féminin. Nul sentiment que l’artiste ne cherche à emprisonner et maltraiter la femme par son trait, bien au contraire il l’approche avec délicatesse comme une déesse. Si, SM oblige, il représente des tortures, celles-ci ont lieu dans des enfers inspirés de Bosch, et ne sont pas l'oeuvre des hommes mais d'étranges démons semblant assemblés avec des squelettes d'oiseaux. 

Fin connaisseur du surréalisme, le mythique éditeur et traducteur Shibusawa Tatsuhiko loua son travail comme « l'expression intense de ses propres rêves ». Les recueils édités bien après sa mort, portent les beaux titres japonais de « Le pays des plaisirs oniriques », « Visions du monde primordial lointain », ou « Fantaisie et Eros ».


Sacra Femina








Les chimères






 

 Le jardin des délices

 


 Démons burlesques et pervers












L'encre des rêves













Les montagnes hallucinées









Une semaine de bonté










La page Instagram consacrée à Akiyoshi Ran et tenue par sa petite fille ici   

On peut y voir son autoportrait




 Quelques influences

(réelles ou supposées) 

 Max Ernst

L'Europe après la pluie (1941)

La tentation de Saint Antoine (1945)

Jérôme Bosch

Le Jardin des Délices (1490-1500)

 Félix Labisse

La femme avec un couteau (1970)

Le colloque de Loudun (1975)

Leonor Fini 

Costume pour le Bal de La Nuit du Pré Catelan, Paris, juin 1946 

Portrait de madame Hasellter (1942)

Costume pour le Bal Oriental (1951)

L'Homme aux chouettes (1945)



Dorothea Tanning

The Magic Flower Game (1941)

Arizona Landscape (1943)