L’œuvre de l’illustrateur Kiichi Okamoto nous ramène, du point de vue des enfants, à l’époque Taishô (1912-1926), cette courte période de liberté, d’hédonisme et d’appétit pour la culture occidentale, qui précéda le militarisme. Ce sont des illustrations profondément immersives, de style occidental, même si ses sujets peuvent être aussi purement japonais avec ses bouddhas et ses fêtes rituelles.
J’emprunte ici largement au texte de Shae Makuni paru le 2 aout 2025.
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Kiichi Okamoto nait le 12 juin 1888 à Sumoto, sur l'île d'Awaji, dans la préfecture de Hyogo. On peut dire qu’il est un enfant de la presse, et donc déjà de la modernité, puisque son père travaillait pour le journal Miyako Shimbun. Il passe son enfance à Hokkaido, mais en raison des mutations successives de son père, il déménage à Tokyo à l'âge de 14 ans. Dès son plus jeune âge, il fait preuve d'une imagination débordante et d'un profond intérêt pour la peinture. En 1906, à l'âge de 18 ans, il devient l'élève de Kuroda Seiki (1866-1924), leader du mouvement yōga d’inspiration occidentale.
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| Kuroda Seiki |
Il étudie la peinture à l'huile et forma un groupe artistique avec Kishida Ryusei et d'autres artistes.
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| Kishida Ryusei |
En 1912, il co-organise l'exposition Fuzankai avec Kishida, Saito Yori et Kimura Sohachi, et se consacre au post-impressionnisme et au fauvisme. Cependant, cela provoqua la colère de Kuroda Seiki, qui mit fin à leur relation maître-élève.
À partir de 1914, il commence à créer des estampes et des illustrations pour des magazines pour enfants. En 1919, il réalise des couverture et des illustrations pour le magazine pour enfants « Kin no Fune » ( Le Navire d'Or ).
En 1922, il devint l'illustrateur principal de « Kodomo no Kuni » (Le Pays des Enfants). Les illustrations d'Okamoto, malgré son style post-impressionniste initial, témoignent d'une forte influence des œuvres délicates et précises d'Edmund Dulac (1882 –1953) et d'Arthur Rackham.
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| Edmund Dulac |
En 1927, Okamoto cofonde la Children's Artists Association avec Takeo Takei, Tomoyoshi Murakami et Yoshio Shimizu, et devient l'un des artistes pour enfants les plus populaires et les plus célèbres des années 1920.
Cependant, le 29 décembre 1930, il décède à Tokyo à l'âge de 42 ans des suites de la fièvre typhoïde.
Keiichi Okamoto est l’une des figures phares de l’attrait de l’époque Taishô (1912-1926) pour les arts décoratifs. Comme une réponse au « japonisme » européen de la fin du XIXe, les artistes vont se passionner pour l’art occidental, par exemple dans le domaine de l’illustration qu’ils désignent du terme français d’« imagerie ».
Durant l'ère Taisho, la culture populaire connait un véritable essor, profitant des progrès techniques en matière d'impression. Publié de janvier 1922 à mars 1944, « Kodomo no Kuni », avec son grand format, son impression en cinq couleurs et ses nombreuses doubles pages, bien que destiné aux enfants, pouvait également être apprécié par les adultes comme une revue d’art.
Jusque-là, même les livres pour enfants ne comportaient que quelques petites illustrations, mais ce magazine, bien que coûteux, offrait une multitude de grandes illustrations en couleurs. C'était également une excellente opportunité pour les peintres et illustrateurs de faire connaître leur travail au public, ce qui explique sa popularité auprès des artistes.
Dans ses illustrations pour « Kin no Fune », Okamoto met en scène un petit monde étrange d’enfants comme descendus de la lune des lapins, ce mythe très populaire au Japon qui donnera naissance aux fameuses Sailor Moon et que l’on retrouve dans Dragon Ball.
Avec leurs cagoules à longues oreilles, et leurs postures lapines, ces enfants semblent une autres espèce. Ils sont des « enfants » qui au fond ne sont pas reliés au monde des adultes puisqu’ils choisissent le lapin pour animal de référence. Cela rappelle la pratique, dérivée du kigurumi, de déguiser un animal mignon en un autre animal mignon, par exemple un chaton déguisé en lapin. Okamoto est bien l’un des ancêtres du « kawai ».
Les enfants d’Okamoto évoluent aussi parmi les insectes et les animaux marins, qui en font des créatures féériques rappelant celles d’Edmund Dulac.
Ils sont ainsi bien plus proches des kamis du shintoïsme que les adultes et participent à des « matsuri » (fêtes rituels) comme le « jour des enfants » le 5 mai, avec ses « Koi nobori », fanions représentant des carpes.
Nul doute qu'Okamoto ait été une grande inspiration pour Miyazaki et Isao Takahata.
Il y a également la cérémonie annuelle d'« Omiharai », un rituel de nettoyage de la statue de bronze du Grand Bouddha du temple Todai-ji, de 15 mètres de haut, et la plus ancienne du Japon.
Cependant, les enfants, épris de modernité, sont habillés à l’occidental, jouent au basket, vont au cinéma et bricolent des radios. Ils sont une image de la modernité, au même titre que les "moga" à même époque, ces « modern girls » vêtues à l’américaine et les cheveux coupées à la garçonne.
Okamoto, avec son style ligne claire, son style moderne pouvant parfois être monumental, sa sensibilité des rêveries enfantines me fait aussi penser à Winsor McCay et son Little Nemo.
Keeichi Okamoto, à travers ses figures enfantines, nous fait mesurer l'optimisme et la soif de culture de l'ère Taishö, bientôt détruite par la guerre et l'ultra-nationnalisme des années 30.




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