mercredi 29 juillet 2026
Kuniyoshi Kaneko, troisième partie : Ephèbe, que ton règne vienne
lundi 27 juillet 2026
Kuniyoshi Kaneko, deuxième partie : Les Jeux
En 1997, Kuniyoshi Kaneko sort son livre de photos Les Jeux (O-yugi), à la fois carnet de notes, de voyage, et de croquis, centré sur Eriko Takayanagi et Waka Hinoki, qu’il considère comme des collaboratrices plus que comme des modèles.
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| Waka Hinoki à gauche, Eriko Takayanagi à droite |
C’est un univers forcément étrange, empruntant à la littérature érotique française, comme Histoire d’O de Pauline Réage ainsi que l’indique le texte de la couverture « Ma voix domina le vacarme. "Ah !... Très vite !... Avec n'importe qui !..." », extrait d’une des nouvelles érotiques du livre. Un texte presque drôle avec son allure de pastiche provoquant.
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| Waka Hinoki |
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| Eriko Takayanagi |
Les photos datent de la fin des années 90 mais ne recueille aucune traces des bouleversement sociaux du Japon : la « bulle » et son ivresse de la consommation et la « décennie perdue » voyant le pays rattrapé par la crise économique. Rien de l’esthétique de cette époque et son ultra-modernité euphorique, égoïste et superficielle.
A la place nous sommes dans un univers parallèle de vieux hôtels, de chambres de bonne, renvoyant bien plus à l’Europe qu’au Japon. Kaneko a emmené Eriko et Waka à Paris et Rome pour élaborer l’univers des Jeux, mais même cette Europe est un rêve des années 30 ou 50. Plus proche de Jacques-Henri Lartigue et de ses photos avec Florette que d’Araki.

Pour Kaneko, Paris possédait une lumière grise et douce, radicalement différente de celle de Tokyo qui être parfois fracassante quand elle tombe sur les façades d’immeuble. Rome au contraire est un décor envoûtant comme dans les polaroïds d’Eriko en haut des marches de la Piazza di Spagna.
Kaneko décrivait ainsi le concept des Jeux.
« Mes photographies, bien qu'elles utilisent le mécanisme de l'appareil photo, s'inscrivent fondamentalement dans le prolongement direct de ma "peinture". En complicité avec mes modèles, en les déshabillant de leurs vêtements quotidiens, ce qui surgit alors, c'est la figure de la "Sainte Prostituée" que je n'ai cessé de peindre. Elles ne se contentent pas de poser. Devant ce miroir qu'est mon propre sens de l'esthétique, elles jouent à un "jeu" (o-yugi) infini, à la fois innocent et empreint d'une subtile luxure.
Une chambre de bonne à Paris, un vieil hôtel à Rome. Dans ces lieux où se mêlent les souvenirs du voyage et le fantasme, le regard qu'elles posent derrière l'objectif se transforme en la touche même de mon pinceau sur la toile. C'est le jeu d'un érotisme absolu, tissé ensemble entre elles et moi. »
Ainsi Kaneko ne parle pas de « séances photographiques » mais de « complot » ou de « complicité active » avec Eriko et Waka. Cette complicité éloigne Kaneko des jeux de rôle sadomasochiste à la Histoire d’O dont il ne reproduit pas le folklore : pas de liens, de masques d’oiseaux, ou de contraintes.
Eriko et Waka conservent leur liberté et surtout leur sens de l’humour, tout à fait partagé avec le photographe. Elles incarnent l'archétype féminin absolu de Kaneko : la « Sainte Prostituée » entre érotisme et théâtralité, vice et innocence. Mais on les imagine aussi pouffant dans le dos du photographe en s’amusant de sa décadence précieuse.
Ces Jeux, comme souvent lorsqu’il s’agit d’un retrait d’un monde devenu suffoquant, sont profondément émouvants.
Polaroïds
dimanche 11 décembre 2022
Emma Sugimoto, l’Emmanuelle japonaise
Keiko Matsukata nait le 17 juin 1950 à Osaka de parents japonais et américains. A la fin des années 60, elle adopte le prénom Emi ou Emma et le nom Sugimoto et devient mannequin et présentatrice d’une émission sportive.
Ce fut le chant du cygne cinématographique d’Emma Sugimoto qui se consacra au mannequinat pour les magazines et à la photo de charme qui, comme souvent au Japon, est le terrain d’expérimentation de talentueux photographes.
On l'imagine vivre des aventures érotiques
en Afrique, continent alors très populaire chez les Japonais, ce qui ne manque
pas d’intriguer vue la suite de sa carrière.
Elle s’en tire très bien, avec une grande sensualité, d’autant que la production rajoute quelques soupirs évocateurs, et même (si je ne m’abuse) quelques mots en français (« très bien »). Elle signa les paroles de l’adaptation ainsi que de neuf chansons de l’album Emma is Love, preuve qu’elle n’était pas une simple poupée et partageait un peu de l’indépendance de son modèle.
Ce n’est pas seulement à cause de son prénom qu’Emma Sugimoto fut choisie mais aussi pour son physique eurasien qui en font un double très réussi de Sylvia Kristel. Adoptant la coiffure et le maquillage de l’actrice hollandaise, quelques photos sont même à s’y méprendre.
Son album de
photo Ema nude in Africa prend un certain sens, rejoignant l’exotisme facile
d’Emmanuelle et de sa version « black » Laura Gemser.
On peut imaginer qu’elle fut courtisée par les studios pink
pour exploiter le succès du film Jaekin mais cela n’eut (malheureusement) pas
lieu. Emmanuelle in Tokyo (1975) fut bien tourné par Akira Katô mais interprété
par Kumi Taguchi qui malgré le brushing ressemble bien moins à Sylvia Kristel.
Cet ultime succès et cette étrange gloire marqua la fin de
la carrière d’Emma Sugimoto qui se retira en 1975.































































