La bibliothèque universitaire de Kyoto a eu la grande idée de numériser ses livres rares et d’en offrir le partage sur internet. C’est ainsi que j’ai découvert cette histoire illustrée des fantômes de Yotsuya, datant de 1834, par Tsuruya Nanboku et illustré par Shunbaisai Hokuei. Un véritable trésor.
Il est issu de la collection Daiso, du nom d’une importante bibliothèque de prêt de Nagoya du milieu de l’ère Eo à 1898. Comme l’explique la notice sur le site de l’université de Kyoto « Le fait que sa collection comprenne non seulement des romans populaires, mais aussi des ouvrages dans tous les domaines du savoir, confère à Daiso une place unique parmi les libraires de l'époque. On peut affirmer que Daiso a joué un rôle plus important que les bibliothèques publiques actuelles à une époque où le peuple empruntait couramment des livres auprès de libraires. »
A sa fermeture, Daiso vendit son stock de livre à plusieurs bibliothèques. « Une partie des ouvrages acquis par l'Université impériale de Tokyo ayant été détruite par un incendie lors du grand tremblement de terre de Kantô en 1923, la bibliothèque de l'Université de Kyoto possède aujourd'hui la plus importante collection de livres Daiso, soit 3 667 titres, soit 13 081 volumes. »
(voir ici pour l’histoire de la collection Daiso)
Le titre original est 絵本いろは假名四谷怪談 ou « L'histoire de fantômes de Yotsuya en Iroha gana, version illustrée », ce qui signifie que le texte a été transcrit en kana pour le rendre plus accessible. Il était donc destiné à des lecteurs populaires, mais peut-être aussi aux troupes kabuki s’inspirant de ses illustrationd pour les costumes et le maquillage d’Oiwa dont le visage est très détaillé.
Spécialisé dans les représentations d’acteurs de kabuki, Shunbaisai Hokuei a rendu Oiwa autant effrayante que pathétique. L’usure du papier et ses taches, comme un écho à la défiguration d’Oiwa, rendent l’objet encore plus mystérieux, comme un véritable parchemin magique, extirpé des marais, et qui aurait le pouvoir d’invoquer la triste dame de Yotsuya.
Pour le consulter dans son intégralité, voir ici
Et puisque nous parlons une fois de plus de notre chère Oiwa-san, en faisant des recherches sur le livre, je suis tombé sur ce site passionnant.
A consulter ici
Commentaires d’un amateur de kabuki
« Il s'agit du « site de recherche sur les arts du spectacle traditionnels » du critique Yoshinosuke Yamamoto, consacré à l'exploration du « cœur du Japon et de l'esprit de l'art » sous différents angles à travers des arts du spectacle traditionnels tels que le Kabuki et le Bunraku. »
« Une interprétation possible de « Yotsuya Kaidan » est que « le monde des 47 rōnin » est fait de faux-semblants issus du code des samouraïs, où la logique de la loyauté et de la vengeance est imposée à Iemon. Ce dernier se rebelle contre cette logique et tente de vivre librement, mais finit par être tué par ce monde d'illusions. Dans ce cas, le fantôme d'Oiwa peut être vu comme une force opposée qui impose la logique de la loyauté à son mari. Afin de créer la terrifiante Oiwa dans une pièce de théâtre fantastique, Iemon, objet de son esprit vengeur, devait également être dépeint comme un personnage à part entière. La transformation d'Iemon en un « vilain misérable » est probablement due à cette conception. »
L’auteur donne ensuite d’intéressant éclairages sur la légende d’Oiwa
« Oiwa était la fille de Tamiya Matazaemon, un connétable de l'avant-garde du Shogun. Atteinte de variole, elle avait le visage défiguré. Elle était mariée à Iemon, un rônin de la province de Settsu. Un yoriki (officier de police) nommé Ito Kihei tenta d'imposer sa maîtresse, Ohana, à Iemon. Ce dernier, de connivence avec Kihei et d'autres, tourmenta cruellement Oiwa, la répudia et la chassa de la maison. On ignore ce qu'il advint d'Oiwa après sa folie, mais bientôt d'étranges phénomènes commencèrent à se produire autour d'Iemon, et l'on raconte que tous les protagonistes périrent. Oiwa n'apparaît pas comme un fantôme dans ce récit. Cependant, il était clair pour tous que l'incident était dû à son esprit vengeur. C'est l'histoire contée dans le « Yotsuya Zatsudanshu » (Recueil de contes divers de Yotsuya).
L'important ici est qu'Oiwa peut être perçue comme une sorte d'esprit local protégeant la terre défrichée par ses ancêtres. La légende d'Oiwa raconte l'histoire de la fille d'un agent de police, spoliée de ses terres par les manœuvres d'un officier et maudite par ressentiment. J'imagine qu'avec le développement rapide des terres au début de l'époque d'Edo et les tensions qui en résultèrent entre les habitants d'origine et les nouveaux arrivants, l'esprit d'Oiwa s'est associé à la terre d'Edo et fut craint par ses habitants. L'essentiel est qu'Oiwa est liée à l'image indigène d'Edo. »
L’intégrale du texte ici

























.jpeg)










































