En parcourant (j’allais écrire feuilletant) la page Instagram japaneseavantgardebooks, je découvre ce numéro de Playboy Custom de juillet 1969, avec ce très beau portrait de la chanteuse d’acid-folk Carmen Maki (chez les disquaires japonais, prononcez « Kaloumen maki »).
Intrigué par le texte, je demande une traduction à Gemini.
Il s’agit d’une chanson écrite par rien moins que le dramaturge Shûji Terayama, que je reproduis ici
Daisensenjiga Kedarana yo sa
Paroles : Shûji Terayama
Musique : Jujiro Tanaka
J'ai essayé de prier,
J'ai aussi essayé de ne pas prier,
Mais quand je me sens triste, j'essaie de prononcer des mots dont personne ne connaît le sens.
Une formule magique contre le malheur,
Un sortilège pour les moments difficiles,
Et une gymnastique de la bouche pour oublier les choses douloureuses.
Je ne veux pas d'une étrange logique comme celle-ci.
Ce que je disais souvent, c'était : « Daisensenjiga Kedarana yo sa ».
De la langue de quel pays s'agit-il ? Je l'ignore.
Dai-sen-sen-ji-ga-ke-da-ra-na-yo-sa.
Quand vous vous sentez seul, essayez de le dire.
C'est une formule magique pour les personnes solitaires.
Un sortilège pour oublier les souvenirs d'une personne dont on est séparé.
« Daisensenjiga Kedarana yo sa »
« Daisensenjiga Kedarana yo sa »
Si on le lit à l'envers,
Cela devient une chanson que cette personne m'a apprise :
« Si ce n'est qu'un adieu, alors c'est la vie »
« Si ce n'est qu'un adieu, alors c'est la vie »
« La vie n'est faite que d'adieux »
Et pour l’écouter
Carmen le chante elle-même, ce titre étrange « Daisensenjiga Kedarana yo sa » est en fait la prononciation à l’envers de « Sayonara dake ga jinsei da », qui veut donc dire « La vie n'est faite que d'adieux. » Le vers est emprunté à l'écrivain Masuji Ibuse qui l’avait lui-même tiré d'un poème chinois de Yu Wuling, datant de la dynastie Tang et appelé « Kan-shu » (Invitation à boire). (merci Gemini)
« La vie n'est faite que d'adieux »
Peut-on imaginer plus mélancolique ?
La chanson est extraite du premier album de Carmen, et son plus célèbre : Poems in the Midnight ('Til the Candle Goes Out).
Avec ses yeux vagues et ses cheveux châtains, Carmen Maki a représenté l’image même de la chanteuse folk mélancolique de la fin des années soixante. Elle est ensuite passée à une musique plus agressive avec son groupe Blues Creation.
La pochette est une des plus envoûtante de son époque et nous plonge tout de suite dans l’ambiance douce mais crépusculaire de la chanteuse, avec cette voix séraphique, comme en apesanteur.
Il faudra un jour que je parle des pochettes japonaises, qui sont parmi les plus belles du monde.
Asakawa Maki (l’autre Maki) avec ses clichés ténébreux, au grain fourmillant, a l’air de sortir directement des photos de Daido Moriyama.
Morita Douji a une esthétique bizarre, hyperréaliste, proche de la SF qui nous inciterai à penser qu’elle est une créature artificielle, venue d’une autre galaxie (ce qui est probablement la vérité).
Plus tard, dans les années 80, Momoko Kikuchi, idolu synth-pop, se baigne dans des mers irréelles qui s’accordent parfaitement à ses sonorités électroniques.
Sinon, revenons aux paroles de « Daisensenjiga Kedarana yo sa ».
La vie est faite d’adieux
Cela froisse le cœur n’est-ce pas ?
L’album entier de Carmen Maki








































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