Cet été, j’ai commis un larcin au Golden Gai. C’était après minuit, l’heure du crime, et je suis tombé en arrêt devant une grande affiche scotchée dans un escalier. « Ju-on, The Live ». Kayako, plus sinistre que jamais, émergeant d'une flaque de sang où ses victimes sont englouties, comme une parfaite image de l’enfer. Quelle splendeur ! Calculant mes chances, proches de zéro, de dénicher cette affiche avant mon départ, je la décollais prestement et la roulais en tuyau. Ni vu ni connu. Hmm… pas si sûr.
« - Franchement, tu te plains, mais tu fais tout pour te retrouver hanté.
- Je sais bien mais comment résister ?! »
C’est quoi d’ailleurs ce « Ju-on : The Live ? »
Après les Direct to Video, les films, les adaptations américaines, télévisées et les « battles » avec Sadako, Kayako Saeki et le petit Toshio ont donc brûlé les planches en 2023, l’affiche dérobée étant celle de sa reprise cette année. La pièce n’adapte pas les films mais, de judicieuse façon, les deux premiers DTV, renommés en Europe The Curse.
C’est donc le meurtre de Kayako et son fils, et leur retour spectral, qui sont relatés dans un espace scénique à 360° : la scène représentant la demeure des Saeki tourne pendant la représentation, ne présentant jamais une face unique. Les spectres peuvent surgir de tous les côtés, y compris au milieu des spectateurs.
Et bien sûr que serait un Ju-on sans le bruit de gorge de Toshio ? Celui provient de haut-parleurs dissimulés autour et au-dessus des fauteuils, faisant craindre que l’enfant à la peau bleutée ne surgisse derrière vous.
« Kayako est apparu juste devant moi, et j'ai croisé le regard de Toshio sur scène, ce qui a créé une impression de réalisme incroyable. » (Tanimoto pour le site Synchronous, voir ici)
La salle est entourée d'un rideau noir, semblable à de la gaze, qui sert d'écran pour la projection d'images.
Cependant, le plus étonnant semble la mise en scène d’actions parallèles appartenant à des époques différentes dans divers endroits de la maison. On retrouve ici les boucles et superpositions temporelles chères à Shimizu.
« Pour cette série de représentations, la salle est divisée en quatre catégories de places : le « Siège le plus terrifiant » (déjà complet), les zones « Malédiction » (Ju) et « Rancœur » (On), ainsi que la zone « Fuite » (Nige), spécialement conçue pour les personnes qui n'aiment pas l'horreur. Mikie Hara, qui interprète le rôle de Kyoko Suzuki, souligne d'ailleurs : « Je pense que l'on fait des découvertes différentes selon le siège que l'on occupe. » Il est donc fortement recommandé de renouveler l'expérience depuis plusieurs zones tout au long de la période d'exploitation. »
(Kazuma Kubota, pour le site The Movie Walker, voir ici)
Le décor et sa scénographie ont été conçus par Hirofumi Gomi, dont je parlais dans le billet consacré aux obakeyashiki (voir ici). Autant dire que c’est un virtuose qui joue ici avec les nerfs des spectateurs.
Plus que le Grand-Guignol, le dispositif immersif rappelle le kabuki où une passerelle partant du fond de la scène s’avançait au milieu des spectateurs, accentuant ainsi la proximité des spectateurs avec les samouraïs et fantômes. « Ju-on : The Live » est donc un retour à l’art théâtral des fantômes.




