mercredi 22 avril 2026

Ken Katayama, la citadelle des enfants tristes



« Tu as toujours les mains dans les poches. Que caches-tu donc là ? Alors j'ai sorti de tes poches les ténèbres, les jours poussiéreux, et un vieil album photo. Je l'ai ouvert et je te l'ai montré. De beaux jours, et d'autres jours encore. » – Ken Katayama.



Encore un artiste japonais dont je ne sais presque rien. Les rares informations viennent de petite textes étranges : 

« Il se décrit lui-même comme un peintre de troisième ordre. Récemment, il a acheté une combinaison de travail en jean pour 1 000 yens et a surpris ses voisins en se prenant pour un peintre. Il dit aussi être passionné par l'escrime et semble prendre plaisir à effrayer les gens. » 

Ken Katayama semble avoir été actif dans les années 70. Exécuté au crayons, à la mine de plomb ou à la carte à gratter, son univers très personnel ne ressemble à aucun autre. 

L’adolescence est son sujet de prédilection mais dans une vision extrêmement angoissante. La jeunesse de ses personnages à la minceur anormale, comme s’ils appartenaient à une espèce invertébrée, se déroule dans des espaces vides, les toilettes (souvent) ou la cour de leur école, frappés par une lumière dure. Garçons et filles sans expression, comme des somnambules, ont le même corps androgyne et adoptent des angles étranges, peut-être inspirés de Balthus, rendant encore plus douloureux cet état transitoire entre l’enfance et l’âge adulte. Une de leurs activités principale est de déféquer dans les recoins de l’école. Une impression poignante de solitude.

Ils sont souvent nus ou vêtus de costumes d’écolier, et tous identiques. Si les adultes sont parfois présents dans leur monde c’est sous la forme de gardiens, masse noire, alignés dans les mêmes postures. Ces enfants sont prisonniers d’une citadelle sans joie. On les prépare ainsi à devenir un peuple anonyme allant grossir les rangs des salarymen des entreprises, autre peuple asservi. Le plus célèbre recueil de dessins de Katayama, paru en 1969, se nomme Beautiful Days. Les jours heureux, vraiment ?













Voici comment Katayama décrit son univers.
« Des flammes jaillissent d'un réchaud à gaz, baignées de chaleur. La sœur aînée s'arrache les dents de devant. Les masses d'eau ondulantes tourbillonnent dans les rues d'été. Des vortex s'élèvent au-dessus des avant-toits. Des techniques de ninja sont exécutées dans l'auditorium. Des corps humains fumants apparaissent de partout. Deux garçons nus se déplacent lentement sur trois jambes entre des hommes en tenue de cérémonie alignés de part et d'autre d'une rangée de cerisiers. Tous les paroissiens font voler des cerfs-volants cette année. Faites-vous vacciner pour ne pas devenir une fourmilière. »
Le dernier conseil est précieux. 

L’heure des anges (1971)







 « La toupie perdue » (1978)









Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire